La ménopause commence dans le cerveau : ce que je retiens du livre de Lisa Mosconi

Trait graphique de la charte Clara Materne
Femme lisant un livre à la lumière naturelle, lecture sur la ménopause et le cerveau

À la lecture du livre de la neuroscientifique Lisa Mosconi, La ménopause commence dans le cerveau, paru aux éditions Thierry Souccar, j’ai eu envie de vous partager ce que j’en retiens. Sa thèse tient en une phrase : la ménopause n’est pas seulement une affaire d’ovaires, c’est d’abord un événement cérébral. Une étude d’imagerie publiée en septembre 2026 dans Nature Communications vient apporter un éclairage complémentaire, et plutôt rassurant.

Ce sont deux lectures qui se répondent : celle d’une chercheuse qui suit le cerveau des femmes depuis plus de dix ans, et celle d’une grande cohorte qui compare les trois transitions hormonales de la vie féminine.

L’essentiel

  • Pour Lisa Mosconi, la plupart des symptômes de la ménopause (bouffées de chaleur, insomnie, oublis, humeur) naissent dans le cerveau.
  • L’estradiol soutient l’énergie des neurones ; sa baisse ralentit temporairement la consommation de glucose du cerveau, surtout dans l’hippocampe et le cortex frontal.
  • Une étude de 2026 portant sur 1 095 personnes montre que la ménopause ne s’accompagne pas d’une perte de volume cérébral, contrairement à la puberté et à la grossesse.
  • Le cerveau met plusieurs années à trouver un nouvel équilibre, le plus souvent favorable.
  • Les leviers mis en avant : alimentation végétale de type méditerranéen, hydratation, activité physique, gestion du stress, et traitement hormonal discuté au cas par cas.

Une transition qui se joue dans le cerveau

Le point de départ du livre est physiologique. Les ovaires ne fonctionnent pas seuls : ils sont pilotés par le cerveau, à travers une chaîne de commande que l’on appelle l’axe hypothalamo-hypophyso-ovarien. L’hypothalamus libère une hormone, la GnRH, qui stimule l’hypophyse, laquelle sécrète la FSH et la LH, qui commandent à leur tour les ovaires. Les œstrogènes et la progestérone produits par les ovaires renvoient ensuite l’information au cerveau.

Quand la réserve de follicules s’épuise, cette boucle se dérègle. La FSH monte, l’estradiol fluctue avant de chuter, et le cerveau reçoit des signaux de plus en plus irréguliers. Pour Lisa Mosconi, il les perçoit bien avant la ménopause elle-même. C’est ce qui explique que les bouffées de chaleur, nées dans le centre de régulation de la température de l’hypothalamus, l’insomnie, l’anxiété ou les trous de mémoire apparaissent souvent dès la périménopause.

Un cerveau qui change de carburant

C’est le cœur de ses travaux. L’estradiol aide les neurones à utiliser le glucose, leur principale source d’énergie. Quand il baisse, la consommation de glucose du cerveau ralentit. Ses études d’imagerie montrent ce ralentissement chez les femmes en périménopause et après la ménopause, comparées à des femmes plus jeunes et à des hommes du même âge, en particulier dans deux régions très sensibles à l’estradiol :

  • l’hippocampe, la région de la mémoire ;
  • le cortex frontal, celle du raisonnement, de la planification, du langage et du passage d’une tâche à l’autre.

Le brouillard mental, le mot qui ne vient pas, la difficulté à mener plusieurs choses de front trouvent là une explication cohérente. Ce n’est pas un défaut de volonté ni un signe de déclin : c’est un cerveau qui ajuste son fonctionnement énergétique.

Ce que montre la nouvelle étude de 2026

Une équipe néerlandaise, à Amsterdam et à Leyde, a comparé les changements de structure du cerveau au cours des trois grandes transitions hormonales de la vie féminine : la puberté, la grossesse et la ménopause. L’étude a porté sur 1 095 personnes, avec des IRM répétées et des groupes témoins dont le statut hormonal restait stable.

Les résultats sont nets :

  • après les premières règles comme après une grossesse, le volume de matière grise diminue de façon marquée, dans des régions en partie communes (cortex préfrontal, pariétal et temporal) ;
  • pendant la transition ménopausique, au contraire, les femmes ne présentaient aucune perte de volume, alors que les femmes des groupes témoins, avant comme après la ménopause, en perdaient.

Les auteurs décrivent la ménopause comme un profil qualitativement distinct, défini par l’absence de changement de volume plutôt que par une accélération. Autrement dit, la ménopause ne semble pas faire vieillir le cerveau plus vite.

Deux lectures qui ne se contredisent pas

On pourrait croire que ces données s’opposent aux travaux de Lisa Mosconi. Elles mesurent en réalité deux choses différentes : l’une le volume des tissus, l’autre leur activité énergétique. Un cerveau peut garder sa structure tout en modifiant temporairement sa façon de consommer l’énergie. Les propres travaux de Lisa Mosconi vont d’ailleurs dans ce sens : après la ménopause, ses marqueurs se stabilisent et le volume de matière grise se reconstitue en partie dans plusieurs régions, cette récupération étant associée à de meilleures performances cognitives.

Panier de légumes frais et tomates, alimentation méditerranéenne à dominante végétale pour le cerveau

Un nouvel équilibre, qui prend du temps

C’est sans doute le message le plus important du livre. Le cerveau met plusieurs années, jusqu’à une dizaine selon Lisa Mosconi, à trouver son nouvel équilibre après l’arrêt de la production d’œstrogènes et de progestérone. Pour la plupart des femmes, cet équilibre est favorable : la ménopause n’est pas une fin, mais une transition dont on peut sortir solide.

Cette lecture change la façon d’aborder la période. Les symptômes ne sont pas à endurer en silence, ni à interpréter comme le début d’un déclin. Ils signalent une phase d’adaptation, que l’on peut accompagner.

Les leviers mis en avant

L’alimentation

Lisa Mosconi met l’accent sur trois familles de nutriments : les fibres, les antioxydants et les nutriments anti-inflammatoires. Elle défend une version plus végétale de l’alimentation méditerranéenne : légumes, légumineuses, céréales complètes, fruits, oléagineux, huile d’olive vierge extra, avec des petits poissons gras. C’est aussi le socle que je défends en consultation, avec une attention particulière aux protéines, réparties sur la journée, et à la stabilité de la glycémie, puisque le cerveau dépend d’un apport régulier en glucose.

L’hydratation

Un point simple et souvent négligé : une déshydratation même légère suffit à majorer la fatigue, l’irritabilité et les difficultés de concentration. Boire régulièrement au fil de la journée fait partie des gestes de base.

Le mouvement et la gestion du stress

L’activité physique, la méditation ou le yoga sont présentés comme des soutiens directs du cerveau. Les données vont dans ce sens : un an de marche régulière augmente le volume de l’hippocampe, et les pratiques qui associent le corps et l’attention réduisent nettement les symptômes dépressifs à la ménopause.

Le traitement hormonal

Lisa Mosconi présente le traitement hormonal comme le traitement le plus efficace des symptômes, plus favorable lorsqu’il est commencé tôt, près du début de la ménopause, et à discuter avec un professionnel de santé. Sur ce point, une nuance s’impose pour le cerveau : les essais randomisés menés en début de ménopause, KEEPS et ELITE, n’ont montré ni bénéfice ni effet délétère sur la cognition, et aucune société savante ne recommande aujourd’hui le traitement hormonal pour prévenir la démence. Il garde ses indications propres, les bouffées de chaleur en premier lieu, et se décide au cas par cas avec le médecin ou le gynécologue.

Ce que je retiens de cette lecture

Ce livre a le mérite de remettre le cerveau au centre d’une période trop souvent réduite aux ovaires et aux bouffées de chaleur. Il rejoint ce que j’observe en consultation : le brouillard mental, l’irritabilité, les nuits fragmentées et la baisse de moral sont des symptômes à part entière de la transition, qui ont une explication physiologique et sur lesquels l’alimentation, le sommeil, le mouvement et la gestion du stress ont une prise réelle.

La nouvelle étude néerlandaise ajoute un message que je trouve précieux à transmettre : la ménopause ne fait pas fondre le cerveau. Elle le fait passer par une période d’ajustement, à l’issue de laquelle la plupart des femmes retrouvent un équilibre.

Questions fréquentes

La ménopause abîme-t-elle le cerveau ?

Les données récentes ne vont pas dans ce sens. Une étude de 2026 portant sur 1 095 personnes n’a retrouvé aucune perte de volume cérébral pendant la transition ménopausique, contrairement à la puberté et à la grossesse. Le cerveau modifie temporairement sa consommation d’énergie, puis trouve un nouvel équilibre.

Pourquoi la mémoire flanche-t-elle à la périménopause ?

L’estradiol aide les neurones à utiliser le glucose, en particulier dans l’hippocampe et le cortex frontal, les régions de la mémoire et du raisonnement. Ses fluctuations puis sa baisse ralentissent temporairement ce fonctionnement énergétique, ce qui se traduit par des oublis et un brouillard mental.

Que contient le livre « La ménopause commence dans le cerveau » ?

La neuroscientifique Lisa Mosconi y explique comment la chute des œstrogènes agit sur l’humeur, le sommeil, la concentration et la mémoire, et présente des pistes pour accompagner la transition : alimentation végétale de type méditerranéen, activité physique, sommeil, gestion du stress et traitements hormonaux.

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Pour aller plus loin

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Références

  • Mosconi L. La ménopause commence dans le cerveau. Éditions Thierry Souccar.
  • van ‘t Hof SR, Bos MGN, Straathof M, Crone EA, Hoekzema EA. Puberty, pregnancy, and menopause show shared and distinct structural changes across the lifespan. Nat Commun. 2026;17. doi:10.1038/s41467-026-76755-2
  • Mosconi L, Berti V, Quinn C, et al. Perimenopause and emergence of an Alzheimer’s bioenergetic phenotype in brain and periphery. PLoS One. 2017;12(10):e0185926. doi:10.1371/journal.pone.0185926
  • Mosconi L, Rahman A, Diaz I, et al. Increased Alzheimer’s risk during the menopause transition: a 3-year longitudinal brain imaging study. PLoS One. 2018;13(12):e0207885. doi:10.1371/journal.pone.0207885
  • Mosconi L, Berti V, Dyke J, et al. Menopause impacts human brain structure, connectivity, energy metabolism, and amyloid-beta deposition. Sci Rep. 2021;11(1):10867. doi:10.1038/s41598-021-90084-y
  • Brinton RD, Yao J, Yin F, Mack WJ, Cadenas E. Perimenopause as a neurological transition state. Nat Rev Endocrinol. 2015;11(7):393-405. doi:10.1038/nrendo.2015.82
  • Gleason CE, Dowling NM, Wharton W, et al. Effects of hormone therapy on cognition and mood in recently postmenopausal women: findings from the randomized, controlled KEEPS-Cognitive and Affective Study. PLoS Med. 2015;12(6):e1001833. doi:10.1371/journal.pmed.1001833
  • Henderson VW, St John JA, Hodis HN, et al. Cognitive effects of estradiol after menopause: a randomized trial of the timing hypothesis. Neurology. 2016;87(7):699-708. doi:10.1212/WNL.0000000000002980
  • Erickson KI, Voss MW, Prakash RS, et al. Exercise training increases size of hippocampus and improves memory. Proc Natl Acad Sci USA. 2011;108(7):3017-22. doi:10.1073/pnas.1015950108
  • Li S, Dou Y, Li Y. Exercise as a therapeutic strategy for depression in menopausal women: a meta-analysis of randomized trials. Front Psychiatry. 2025;16:1641082. doi:10.3389/fpsyt.2025.1641082

Article rédigé par Clara Materne, nutrithérapeute spécialisée en hormonologie féminine et fonctionnelle, formatrice, fondatrice de Materne Integrative à Liège.

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