Un yaourt aux fruits au petit-déjeuner, une gourde de compote à la récré, un verre de jus au goûter et un dessert lacté le soir : sans un seul bonbon, un enfant peut déjà dépasser largement les repères de sucre recommandés. La question n’est donc pas « faut-il interdire le sucre ? » (la réponse est non), mais « où est-il, en quelle quantité, et comment le ramener à sa juste place sans guerre à la maison ? ». Voici les repères et la méthode.
Les repères : ce que recommande l’OMS
L’Organisation mondiale de la santé recommande de limiter les sucres libres (sucres ajoutés et sucres des jus de fruits) à moins de 10 % de l’énergie quotidienne, et idéalement sous les 5 %. Concrètement, pour un enfant de 4 à 8 ans, cela représente un plafond d’environ 25 à 35 g de sucres libres par jour, soit l’équivalent de 5 à 7 morceaux de sucre, et la moitié dans l’idéal. Avant 2 ans, la recommandation est simple : zéro sucre ajouté. À titre de comparaison, une seule canette de soda contient déjà environ 35 g.
Où se cache vraiment le sucre
Le sucre visible (bonbons, gâteaux, chocolat) n’est que la partie émergée. L’essentiel se loge dans les produits du quotidien perçus comme sains : céréales du petit-déjeuner (jusqu’à 8 g par bol), yaourts aux fruits et desserts lactés (10 à 15 g par pot), compotes en gourde, jus « 100 % pur jus » (autant de sucre qu’un soda à volume égal), biscuits « aux céréales », sauces industrielles, pains de mie sucrés. Le premier geste efficace n’est donc pas de confisquer les bonbons : c’est de revoir le fond de placard.
Réduire sans interdire : la méthode en 4 gestes
- Traiter les boissons en priorité : l’eau à table et dans le cartable, les jus et sodas au rang d’occasion. C’est le geste au meilleur rendement, comme dans notre plan d’action surpoids.
- Basculer les basiques : yaourt nature (que l’enfant sucre lui-même légèrement, il mettra toujours moins que l’industriel), compote sans sucres ajoutés, céréales nature agrémentées de fruits.
- Garder le sucre visible et choisi : le vrai dessert du dimanche, le gâteau d’anniversaire, la glace en vacances se savourent pleinement et sans commentaire. Un plaisir assumé protège mieux qu’une interdiction contournée en cachette.
- Apprendre à lire les étiquettes ensemble : dès 7-8 ans, un enfant peut comparer la ligne « dont sucres » de deux paquets. Transformer la chasse au sucre en jeu de détective change complètement la dynamique : ce n’est plus le parent contre l’enfant, c’est la famille qui décode le marketing.
Pourquoi l’interdiction totale échoue
Le sucre active les circuits du plaisir, et la restriction augmente sa valeur : c’est vrai chez l’adulte et encore plus chez l’enfant. Les études sur les pratiques parentales le montrent : les enfants les plus restreints sont ceux qui se jettent le plus sur les sucreries dès que le cadre disparaît. L’objectif n’est pas un enfant qui n’a jamais de sucre : c’est un enfant capable d’en manger avec plaisir et de s’arrêter, parce que le sucre n’a jamais été ni une récompense, ni un interdit, ni une monnaie d’échange.
Mon enfant réclame du sucre en permanence : que vérifier ?
Trois pistes avant de conclure à la gourmandise. Des repas trop légers en protéines et en fibres, d’abord : un enfant qui a réellement faim réclame du sucre, carburant rapide. Le sommeil, ensuite : le manque de sommeil augmente l’attirance pour le sucré dès le lendemain. L’ennui et l’émotion, enfin : beaucoup de demandes de sucre sont des demandes d’autre chose. Renforcer le petit-déjeuner et structurer le goûter règle une grande partie du problème.
FAQ — Questions fréquentes
Le miel et le sirop d’agave sont-ils meilleurs que le sucre blanc ?
Nutritionnellement, ce sont aussi des sucres libres, comptés dans les mêmes repères. Leur intérêt est surtout gustatif : on en met souvent un peu moins.
Les édulcorants sont-ils une bonne alternative pour les enfants ?
Non recommandés : ils entretiennent l’attirance pour le goût sucré sans apprendre à s’en détacher, et leur intérêt santé n’est pas démontré chez l’enfant.
Faut-il supprimer le dessert ?
Non, mais le sortir du chantage (« finis tes légumes et tu auras… »). Le dessert n’est ni une récompense ni un dû : c’est une fin de repas, souvent un fruit, parfois une douceur.
Pour aller plus loin. Apprendre à l’enfant que le plaisir n’est pas une récompense est le thème de la semaine 4 du programme d’éducation alimentaire de Clara Materne. Découvrir le programme.
Clara Materne, nutrithérapeute certifiée